Gustave Moreau. L'Homme aux figures de cire

Après le succès de Huysmans-Moreau. Féeriques visions en 2007 qui fut la première exposition jamais réalisée au sein même du musée Gustave Moreau, cette exposition présente 90 œuvres comprenant sculptures, peintures, dessins et photographies. Le sujet en est l’œuvre sculpté de Gustave Moreau ainsi que son rapport à la sculpture qui hanta toute sa carrière. Pour ce thème, totalement neuf, le musée a fait appel à deux des plus éminents spécialistes de la sculpture, Anne Pingeot, conservateur honoraire au Musée d’Orsay, et Jacques de Caso, professeur émérite de l’université de Californie à Berkeley.

Sculpture de peintre, comme le fut celle de Degas et de Renoir, le sujet est passionnant. En effet, le musée conserve quinze sculptures en cire uniques, réalisées par Gustave Moreau lui-même, qui sont des chefs-d’œuvre absolus. Cette passion pour la sculpture remonte à sa jeunesse. Dès le voyage d’Italie, Moreau va, avec le sculpteur Henri Chapu, mesurer les proportions des sculptures antiques, se plaçant, ainsi qu’il le revendique lui-même, dans la lignée de Nicolas Poussin. De retour à Paris, il collectionne des moulages d’œuvres célèbres, du Laocoon au Torse du Belvédère, et des photographies de sculptures qui font partie de l’inépuisable richesse du fonds. A son tour, Moreau va réaliser des sculptures en cire en liaison avec ses peintures afin de donner « mieux qu’en peinture la mesure de mes qualités et de ma science dans le rythme et l’arabesque des lignes. »


Peinture et sculpture

La cire, employée depuis la plus haute Antiquité connaît un regain d’intérêt au dix-neuvième siècle. Pour Moreau, après la pratique du dessin, de l’aquarelle et de la peinture, c’est une nouvelle conquête. Un choix d’œuvres en cire de ses contemporains et amis, Edgar Degas, Ernest Meissonnier, Emmanuel Frémiet, Paul Dubois, permet une confrontation essentielle à notre propos. L’originalité de Moreau est qu’il reste attaché aux sujets d’histoire, alors que Degas recherche « l’absolue vérité » et puise ses sujets dans le monde réel. La partie centrale de l’exposition est la mise en relation des quinze cires réalisées par Gustave Moreau avec les peintures ou aquarelles auxquelles elles se rapportent. Cette exposition a donné lieu à une étude scientifique par radiographie de l’œuvre en cire de Gustave Moreau. Est ainsi révélée de l’intérieur l’œuvre en train d’être exécutée. Les projets dessinés, jusqu’ici totalement méconnus, montrent que l’intérêt de Moreau pour la sculpture n’est pas accessoire. Ces dessins sont d’un intérêt majeur. En effet, les inscriptions explicitent l’intention de Moreau de fondre en bronze certains projets. Il rêvait donc à la reproduction en série sans que cela n’aboutisse jamais.


Copier-créer

A l’occasion de l’exposition, une nouvelle salle, la galerie de l’appartement aménagée à la toute fin de son existence, sera ouverte pour la première fois au public afin d’y évoquer le rapport de l’artiste à « l’antique statuaire d’une si mystérieuse éloquence » à travers sa collection de moulages en plâtre, ses copies et l’usage qu’il en fit dans son œuvre. Un autre de ses grands modèles est Michel-Ange dont il fait un éloge sans partage. Pour tous deux, l’art est un mélange d’imagination puissante et d’idéal. Dans sa collection personnelle, on trouve plusieurs moulages et photographies qui seront des sources d’inspiration tangibles pour ses peintures.

Commissaires : Marie-Cécile Forest, directrice du musée Gustave Moreau
                    Anne Pingeot, conservateur honoraire au musée d’Orsay

Muséographe : Hubert Le Gall

Publication : Gustave Moreau. L’homme aux figures de cire, Paris, Musée Gustave Moreau, 10 février – 17 mai 2010, Paris, Somogy, 2010. Ce catalogue est en vente à la librairie du musée.

Figure de "Salomé" modelée en cire sur un mannequin en bois par Gustave Moreau