Ève

Ève

Ève

Chefs-d'œuvre
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Origine et date: 
Non daté
Artiste(s): 
6 avril 1826
Paris
18 avril 1898
Paris

Dimensions :

1,25
0,65

Qu’elles soient sculptées ou peintes, les représentations d’Ève abondent au XIXème siècle. L’État se porta acquéreur de nombre d’entre elles. Citons  les peintures d’Adolphe Brune (Salon de 1870), Laurent Bouvier (Salon de 1872), Armand Berton (Salon de 1882) ; ou les sculptures de Gustave Gaston-Guitton (Salons de 1875 et de 1876), Alfred Boucher (Salon de 1878), Eugène Hiolle (Salon de 1883), Eugène Delaplanche (Salon de 1891) et Ernest Dagonet (Salon de 1895). La Mère du genre humain séduisit jusqu’à Jules Massenet qui composa sur un livret de Louis Gallet un « Mystère » créé le 18 mars 1875 au Cirque d’été.

Si le troisième chapitre de la Genèse constitua à l’évidence une source d’inspiration commune à ces artistes, d’aucun purent en trouver une autre dans le Paradis perdu  de John Milton connu en France dans la belle traduction de Chateaubriand, publiée en 1836. Gustave Moreau contribua lui aussi à enrichir l’iconographie d’Ève s’intéressant particulièrement à la confrontation avec le serpent tentateur conçu, à l’instar de Michel Ange, comme une créature hybride mi-homme mi-serpent. Le sujet qu’il définit dans une liste dressée vers 1860 dans son « livre rouge » (MGM. Arch. GM 500) – « Eve et le serpent, elle hésite, convoitise » – donna lieu à toute une série de peintures et aquarelles dont cette « grisaille », non signée, qui demeura inachevée. Elle est signalée à la date du 4 juin 1885 parmi les œuvres entreposées dans « cabinet de débarras près de l’atelier ». Moreau conserva le calque qui servit au report de la figure d’Ève (MGM. R. 17 n°14) sur la toile ainsi que trois dessins préparatoires (MGM. Des. 556, Des. 13397, Des. 1337-recto).

Signalons l’existence d’une petite esquisse Ève exposée au troisième étage (Cat. 133) qui pourrait constituer une étape dans son élaboration. Plus colorée, elle en diffère par l’absence de cette guirlande végétale dont les fleurs et les feuilles, démesurées, presque monstrueuses, sont proches de celles visibles sur certains des panneaux de la Vie de l’humanité exposés au troisième étage (Cat. 216216) et, présentent de curieuses analogies avec celles peintes, à l’orée du XXème  siècle, par le Douanier Rousseau dans ses jungles ou dans  Le Rêve conservé à New York au Museum of Modern Art.