La Parque et l'Ange de la mort

La Parque et l'Ange de la mort

La Parque et l'Ange de la mort

Chefs-d'œuvre
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Matière et technique: 
Huile sur toile
Origine et date: 
Non daté
Artiste(s): 
6 avril 1826
Paris
18 avril 1898
Paris

Dimensions :

110 cm
67 cm

La Parque et l’Ange de la Mort fut entreprise, de même qu’Orphée pleurant sur la tombe d’Eurydice, en 1890. Les deux œuvres se font l’écho du désespoir de Gustave Moreau à la mort, le 28 mars, d’Alexandrine Dureux sa « meilleure et unique amie ».

Atropos, est la plus vieille, la plus terrible des trois Parques. Maîtresse de l’Avenir, c’est elle qui coupe à l’aide de ciseaux le fil de la vie filée par Clôthô et dévidée par Lachesis. Ici, elle tient par la bride le destrier d’un Ange de la Mort à qui l’artiste a donné, de même qu’à son Démon tentateur (Cat. 52, Cat. 238)  ou à son Génies du Mal (Cat. 54), des ailes rouges.

L’inquiétante silhouette de ce cavalier décharné rappelle certains Don Quichotte d’Honoré Daumier. Comme souvent chez Moreau, le mythe grec est mâtiné de christianisme. Ainsi fait-il se côtoyer Atropos – fille de la Nuit ou de Jupiter et Thémis – une figure  mythologique et l’ange noir brandissant l’épée de feu qui, n’était-ce la robe noire de sa monture, pourrait bien être le quatrième cavalier de l’Apocalypse : « […] je vis paraître un cheval pâle, et celui qui était monté dessus s’appelait la Mort, et l’enfer le suivait ; et le pouvoir lui fut donné sur la quatrième partie de la terre, pour y faire mourir les hommes par l’épée, par famine, par mortalité, et par les bêtes sauvages. » (Apocalypse de Saint Jean, chap. VI, v. 8).

Moreau inscrit ces personnages au centre d’un paysage désolé, de fin du monde. Il détache leurs silhouettes sur un ciel nocturne troué par une lune ensanglantée et par l’auréole de l’ange qui, dénué de visage, inspire la terreur. Les contours de sa monture rappellent ceux d’un cavalier dans La Découverte du meurtre d’Holopherne de Botticelli qu’il avait copié en août 1858 à la Galerie des offices à Florence. La Parque penchée, écrasée par son lourd vêtement de deuil, a l’aspect d’une pleureuse.

L’œuvre très empâtée, travaillée au couteau, griffée, presque expressionniste, fascine et l’on se prend en la voyant à songer à certaines œuvres de Georges Rouault, qui fut l’élève de Moreau et le premier conservateur de son musée.