Le Triomphe d'Alexandre le Grand

Le Triomphe d'Alexandre le Grand

Le Triomphe d'Alexandre le Grand

Chefs-d'œuvre
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Origine et date: 
vers 1875-1890
Artiste(s): 
6 avril 1826
Paris
18 avril 1898
Paris

Dimensions :

155 cm
155 cm

Cette œuvre, probablement commencée durant l’automne 1873, est datée par Henri Rupp, légataire universel de Gustave Moreau, de 1890. Le peintre en était satisfait puisqu’il la signa deux fois et refusa de la vendre au collectionneur Antony Roux projetant de lui céder une variante qui ne fut jamais achevée.

Il s’agit là d’une scène de triomphe, celui d’Alexandre le Grand sur les armées de Porus, roi de l’Inde du Nord, en 326 av. J.-C. Le vainqueur est juché sur un trône monumental surplombé par une statue de la Victoire. Le vaincu, à ses pieds, soumis, tend le bras dans un geste d’imploration. Le paysage est celui d’une Inde rêvée, imaginée.

Pour construire cette fantasmagorie qu’évoque Jean Lorrain au chapitre 31 dans son roman Monsieur de Phocas, Gustave Moreau use du riche fonds documentaire qu’il s’est constitué. Mêlant des références à l’hindouisme et au bouddhisme, il copie, décalque inlassablement dans des publications comme Le Magasin Pittoresque, Le Tour du monde ou dans le livre de Gustave Le Bon Civilisations de L’Inde publié en 1887. Le modèle de certains éléphants est à chercher dans des photographies qu’il avait en sa possession, certaines anonymes, d’autres dues à Henri Dixon ou Gambier Bolton. Les copies, exécutées en novembre 1873 au Palais de l’Industrie, d’après des photographies de sculptures ou d’architectures indiennes, dues à Samuel Bourne ou au Captain Lyon (provenant de la collection Cernuschi) lui seront aussi fort utiles. Il se servit également les études exécutées d’après l’Histoire et figure des dieux des indiens ou Théogonie des Malabariquois un recueil de gouaches d’inspiration mythologique peintes au XVIIème siècle en Inde du Sud.

Tout ces documents,  et d’autres, ont concouru à la création de cette civilisation moréenne dont parle Victor Segalen. Selon lui, Moreau : « n’a pas voulu rebâtir des mondes en poussière, des murailles envolées : il s’est fait, pour lui seul, une maison singulière et somptueuse, une demeure cette fois d’un personnalisme singulier, bien à lui ; et pour cela, on peu affirmer la durée de son appareil, de ces bâtis solides parce qu’irréels. Vraie parce que puissamment imaginée, belle parce que tenue, cohérente dans sa multiplicité, depuis les ciels tendres comme des étoffes apprêtées pour jouer un ciel de frise jusqu’aux parois qui sont encore des mosaïques constellées comme d’autres firmaments […] Moreau pouvait s’y promener avec la démarche d’un créateur au septième jour. L’œuvre était bon. »


Signé en bas à droite et à gauche